L’Education en débats: analyse comparée (2016) 7: 47-58 ISSN 1660-7147
L’Education en débats: analyse comparée est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons
Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
47
L’ABANDON SCOLAIRE EN TUNISIE : ETAT DES LIEUX, CARACTERISTIQUES
ET PERSPECTIVES
Khaled Boughzou
Université de Tunis
RESUME
Le phénomène de la déscolarisation en Tunisie a évolué considérablement depuis les années
1980 pour dépasser 100 000 jeunes en 2012. Il s’agit d’un seuil psychologique qui a révélé
l’échec du système éducatif tunisien, et ce malgré les grands efforts consentis dans l’éducation
depuis l’indépendance en 1956. En se basant sur les données d’une enquête auprès des élèves
déscolarisés ainsi que sur les statistiques du ministère de l’éducation, nous avons cherché à
étudier les caractéristiques de ces élèves ainsi que les raisons profondes qui ont poussé des
milliers des jeunes à abandonner leur école.
ABSTRACT
The phenomenon of drop-out has considerably increased in Tunisia since the 1980s to reach
over 100 000 youth in 2012. This is a psychological threshold which reveals the failure of the
Tunisian educational system despite the great efforts made in education since the independence
in 1956. Based on data from a recent survey on school drop-out as well as on statistics from the
Ministry of Education, we sought to study the characteristics of these students and to analyze
the underlying reasons that led thousands of young people to abandon their school.
Malgré les grands efforts investis dans l’éducation ainsi que les diverses réformes introduites
dans le système éducatif tunisien, le rendement interne ne s’est pas amélioré et est resté en deçà
des aspirations et des attentes espérées. En effet, selon le ministère de l’éducation, plus de
100 000 élèves du primaire et du secondaire ont quitté l’école avant d’avoir terminé un cycle
pour la seule année 2012-2013. Il s’agit d’un seuil psychologique qui a été dépassé et qui a mis
en échec tout un système éducatif : notre école va de plus en plus mal, et remet en cause les
choix et les options mis en œuvre.
L’abandon ou la déperdition scolaire est le résultat de beaucoup de difficultés rencontrées par
l’élève au niveau familial, scolaire et social. Bien qu’il s’agisse d’un problème international
touchant beaucoup de pays, c’est son évolution très rapide qui fait que ce phénomène devient
sérieusement inquiétant en Tunisie.
L’Education en débats: analyse comparée (2016) 7: 47-58 ISSN 1660-7147
48
Cette contribution vise à analyser et revenir sur une série de questions relatives à la
déscolarisation des jeunes :
- Quelles sont les raisons profondes qui ont poussé des milliers d’élèves à quitter l’école
au niveau primaire et secondaire d’une manière « volontaire » ?
- Quelles sont les caractéristiques intrinsèques des élèves déscolarisés, leurs conditions
familiales, socio-économiques et scolaires ?
- Que faut-il faire pour arrêter ce phénomène, sinon le ralentir ?
Pour répondre à toutes ces questions, nous nous baserons d’abord sur les statistiques du
ministère de l’éducation collectées sur son site internet, ensuite sur un travail de terrain à travers
une enquête menée par le Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux (FTDES)1
au cours de l’année 2013.
1. EVOLUTION DES INDICATEURS DE LA DEPERDITION SCOLAIRE AU
NIVEAU NATIONAL
A partir des statistiques du ministère de l’éducation, nous pouvons étudier le phénomène de
décrochage scolaire en analysant sa répartition selon plusieurs critères.
1.1. Répartition selon les cycles scolaires
Le phénomène de déscolarisation a évolué considérablement depuis les années 1980 (environ
26 000 au cours des années 1984/1985 et 57 613 en 1994/1995) pour dépasser le seuil critique
de 100 000 après la révolution de 2011. Ce phénomène a touché tous les cycles à des degrés
différents :
- 9 887 élèves inscrits au cycle primaire soit 1% de l’ensemble des élèves ;
- 48 894 élèves inscrits au cycle de base soit 10,4% de l’ensemble des élèves (avec un taux
de 14,4 % pour la septième année contre 8,8% pour la neuvième année) ;
- 53 871 élèves inscrits au cycle secondaire soit 11,9% de l’ensemble des élèves (avec un
taux maximum de 16,1 % pour la première année contre 13,7% pour la quatrième année
c'est à dire le baccalauréat).
1.2. Répartition selon l’âge et le niveau scolaire
L’analyse des statistiques montre également que la déperdition est un phénomène qui concerne
plutôt les jeunes entre 13 et 17 ans puisqu’ils représentent environ 78% de l’ensemble des
déscolarisés au cours de 2011/2012.
Le taux atteint son maximum pour les jeunes de 13 et 14 ans, c’est-à-dire au niveau de la
septième année avec un nombre de 27 871, soit un taux de 24,74%, puis les jeunes de 16 à 17
1 FTDES : organisation non gouvernementale tunisienne dont le but est de défendre les droits
économiques et sociaux des populations sur le plan national et international.
L’Education en débats: analyse comparée (2016) 7: 47-58 ISSN 1660-7147
49
ans inscrits normalement en première année du secondaire avec un nombre de 21 644
correspondant à un taux de 19,21%.
Graphique 1. Répartition selon le niveau scolaire
Source : Ministère de l’Education nationale de la République tunisienne (2013)
Les chiffres du graphique ci-dessus montrent qu’il existe un problème dans le système scolaire
surtout au niveau du passage d’un cycle à un autre (en septième année préparatoire et en
première année du secondaire). En effet, les élèves ont du mal à s’adapter aux nouvelles
conditions surtout lorsqu’ils ne trouvent pas l’encadrement et le suivi nécessaire, aussi bien au
sein de l’école qu’au sein de la famille. De même, l’annulation du concours de passage d’un
cycle à un autre fait que bon nombre d’élèves passent d’un cycle à un autre sans avoir le niveau
requis.
1.3. Répartition selon le sexe
Concernant la déperdition selon le sexe, les statistiques montrent que ce phénomène est plus
accentué pour les garçons que pour les filles (graphique 2). En effet, dans le cycle primaire, le
nombre des garçons déscolarisés a atteint 33 055 contre 15 839 pour les filles, soit à peine la
moitié. La même tendance se retrouve au cycle de base et au cycle secondaire comme le montre
le graphique suivant, à part l’année du baccalauréat où les taux se trouvent renversés.
1%
2,11%
3,67%
24,74%
11,78%
6,90%
19,21%
9,86%
6,11%
12,60%
1ère -
4eme
prim
5 eme
prim
6eme
prim
7eme
prepar
8eme
prepar
9eme
prepar
1ère sec 2eme sec 3eme sec 4eme sec
L’Education en débats: analyse comparée (2016) 7: 47-58 ISSN 1660-7147
50
Graphique 2. Répartition de la déperdition selon le sexe
Source : Ministère de l’Education nationale de la République tunisienne (2013)
Ceci s’explique par le fait que les filles s’attachent plus à leur scolarité sinon elles se retrouvent
emprisonnées à la maison alors que les garçons, constatant le chômage des jeunes diplômés, ne
voient plus d’utilité de continuer leurs études et se retrouver dans les mêmes difficultés que
leurs amis plus âgés qu’eux.
2. ANALYSE DES DONNEES DE L’ENQUETE
L’enquête menée par le Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux a porté sur un
échantillon de 601 jeunes tunisiens ayant quitté très tôt les bancs de l’école « volontairement ».
Ces cas sont répartis entre trois gouvernorats : 262 issus du gouvernorat de Monastir situé sur
la cote, 187 originaires de Kairouan situé au centre, et 152 natifs de la ville de Kasserine située
vers l’ouest. Le choix de ces trois régions ne s’est pas fait de manière aléatoire. Les trois
gouvernorats sont le meilleur échantillon qui traduit nettement la disparité régionale, la
marginalisation ainsi que la pauvreté.
L’enquête a utilisé deux questionnaires : le premier destiné aux institutions scolaires pour
connaitre l’espace éducatif ainsi que leurs conditions de travail en relation avec les différents
acteurs, et le deuxième destiné aux élèves décrocheurs afin de déceler les raisons et les facteurs
qui poussent ces enfants à quitter précocement l’école et comprendre le type de relations qu’ils
ont avec leur milieu familial, éducatif et social.
Concernant la répartition selon l’âge et le sexe, les données de l’enquête montrent les mêmes
tendances que celles à l’échelle nationale, c’est à dire une prédominance masculine des jeunes
déscolarisés et ayant l’âge de 13 à 17 ans.
Par ailleurs, les données de l’enquête ont révélé que 71% des jeunes interrogés ont abandonné
l’école pour des raisons purement scolaires, 12,3 % pour des raisons matérielles, 8,14% pour
58% 57%
64%
46%
42% 43%
36%
53%
PREMIERE DEUXIEME TROISIEME QUATRIEME
GARCON FILLE
L’Education en débats: analyse comparée (2016) 7: 47-58 ISSN 1660-7147
51
des raisons familiales, 5,25% pour des raisons de santé, et 3% pour d’autres raisons telles que
le mariage, notamment pour les filles.
2.1. Facteurs scolaires
Il faut noter à ce niveau la grande dégradation qui caractérise la relation entre l’élève et son
milieu scolaire. En effet, un grand nombre des interrogés ont déclaré qu’ils ne sont pas satisfaits,
ni épanouis au sein de leurs institutions. Ils sont plutôt frustrés. Pire encore, 80% d’entre eux
ont déclaré qu’ils ont été victimes, au moins une fois, d’une agression morale, verbale et même
physique par le corps enseignant et administratif, tout ceci sans avoir aucun droit de recours.
Par ailleurs, 90% des déscolarisés ont échoué au moins une fois durant leurs parcours solaires.
Ces échecs perturbent l’enfant et compliquent sa situation scolaire. En effet, l’enfant qui
redouble trouve des difficultés d’intégration avec ses nouveaux camarades et perd confiance en
lui-même. Il devient très fragile et sensible aux moindres remarques provenant de son entourage
scolaire, familial ou social. Ainsi, en l’absence de soutien ou suivi psychologique, le
redoublement risque de générer d’autres redoublements, puis l’abandon.
Concernant la qualité des programmes, l’analyse des données de l’enquête montre que
l’abandon de l’école peut trouver ses origines dans les programmes proposés. En effet, plus de
50% des déscolarisés déclarent qu’ils sont très chargés et contiennent parfois des matières
redondantes d’une année à une autre et donc sans utilité, et ainsi que des matières difficiles pour
eux ou mal présentées par l’enseignant. D’ailleurs, un grand nombre des interrogés considèrent
que leurs difficultés proviennent entre autres de la qualité des enseignants ainsi que de la
pédagogie adoptée (graphique 3).
Graphique 3. Répartition selon la participation en classe
Source : FTDES (2013)
19,17%
57,83%
23%
TOUJOURS PARFOIS JAMAIS
L’Education en débats: analyse comparée (2016) 7: 47-58 ISSN 1660-7147
52
2.2. Facteurs matériels
La majorité des jeunes déscolarisés appartient à des familles nombreuses avec en moyenne six
enfants, ce qui constitue une charge importante quant aux frais de scolarité, ceci d’autant plus
que ces familles sont généralement très pauvres. En effet, 85,57% des déscolarisés
appartiennent à des familles pauvres contre 14,4% seulement à des familles riches.
De même, 53% des déscolarisés déclarent que leurs pères sont des journaliers n’ayant pas de
revenu stable (graphique 4) et que leurs mères restent à la maison pour des tâches domestiques.
Graphique 4. Répartition selon le travail du père
Source : FTDES (2013)
Ces difficultés matérielles conjuguées à des conditions logistiques difficiles dans le milieu rural
poussent l’élève à abandonner ses études pour aider sa famille, notamment dans les petites
tâches agricoles.
Aussi, l’absence d’une cantine scolaire, le grand trajet parcouru à pied quotidiennement par
l’élève le matin et surtout l’après-midi, et la fatigue d’une longue journée loin de la maison
empêchant l’élève de réviser ses cours le soir, sont autant de facteurs propices à la déperdition
scolaire.
2.3. Facteurs sociaux
D’après l’enquête, le niveau scolaire des parents et surtout des pères entre en considération dans
ce phénomène de déscolarisation. En effet, par rapport aux élèves ayant quitté l’école, 12,3%
des pères sont analphabètes, 42% ont un niveau primaire, 35% ont un niveau secondaire, et
seuls 10,3% ont un niveau universitaire. Pour ce qui est de la mère, cette tendance est encore
plus accentuée (graphique 5).
53%
9%
12%
5%
16% 5% journalier
artisan
ouvrier
commercant
fonctionnaire
decedé
L’Education en débats: analyse comparée (2016) 7: 47-58 ISSN 1660-7147
53
Graphique 5. Répartition selon le niveau scolaire de la mère
Source : FTDES (2013)
Par ailleurs, en poussant l’analyse pour mieux comprendre la situation des jeunes déscolarisés,
nous trouvons que 43,75% ont intégré un centre de formation professionnel, 22,86% ont trouvé
un petit travail, et les autres, soit 31,96%, sont au chômage.
Il est aussi important de noter que nous assistons dernièrement à l’apparition des écoles
coraniques. En effet, après la révolution et avec la montée au pouvoir du parti islamiste, nous
remarquons que 1,43% des parents préfèrent et orientent leurs enfants vers ce type d’écoles.
3. QUELQUES REFLEXIONS ET RECOMMANDATIONS POUR LUTTER CONTRE
L’ABANDON SCOLAIRE
L’aggravation de la déperdition a coïncidé avec une tendance de massification de
l’enseignement constatée depuis une dizaine d’années en Tunisie. Il s’agit bel et bien d’une
massification et non d’une démocratisation prétendue par le régime. En effet, les données de
l’enquête ont montré que ce phénomène concerne plutôt les pauvres, et que l’école n’assure pas
l’égalité des chances, mais elle justifie la reproduction sociale. Nous proposons dans ce qui suit
de développer quelques réflexions relatives à ces deux aspects, à savoir le problème de la
massification de l’enseignement ainsi que la mobilité sociale. Puis, nous nous intéresserons au
choix de la formation professionnelle comme étant une des principales voies alternatives
possibles pour lutter contre la gravité du phénomène étudié.
3.1. Massification de l’enseignement
Depuis maintenant quelques années, la Tunisie connait une massification de l’enseignement
dans tous les cycles : primaire, préparatoire, secondaire et supérieure. Il est évident que pour
les trois premiers cycles, ceci est un objectif longuement recherché ; il constitue même la raison
d’être et l’objectif principal du programme de l’EPT mis en application durant le début des
années 1990. Cependant, pour le cycle supérieur, cette massification a entrainé une hausse
incontrôlable des diplômés chômeurs atteignant 200 000, soit un chiffre qui dépasse de loin la
44,26%
23,99%
4,39%
27,36%
PRIMAIRE SECONDAIRE UNIVERSITAIRE ANALPHABETE
L’Education en débats: analyse comparée (2016) 7: 47-58 ISSN 1660-7147
54
capacité d’absorption de l’économie. En effet, en Tunisie, le rapport entre nombre d’étudiants
et population est de 4,5% alors qu’il est seulement de 3,6% en France avec une population six
fois plus importante.
Par ailleurs, cette massification de l’enseignement supérieur, outre le problème du chômage
qu’il pose, cache un autre problème encore plus grave, à savoir la dégradation du niveau scolaire
des élèves qui arrivent à l’université après avoir passé leur baccalauréat. In fine, il s’agit d’un
problème du cycle supérieur mais qui trouve ses origines dans le cycle secondaire et même
préparatoire.
Pour comprendre les causes de cette dégradation, il est important de revenir sur les différentes
étapes du parcours éducatif qui a conduit à cette qualité d’output. La réforme de 1989-1990 est
introduite dans le système éducatif à travers plusieurs mesures dont notamment :
- La suppression du concours national pour le passage d’un cycle à un autre ;
- Le passage d’une classe à une autre est presque automatique, le redoublement étant une
exception, surtout pour le cycle primaire
- L’introduction des écoles pilotes pour les élèves ayant réussi un concours national
facultatif.
Certes, ces mesures visent à offrir la possibilité d’une éducation pour tous jusqu’à un âge
avancé, mais malheureusement, la quantité ne peut se faire au dépend de la qualité. En effet, les
bacheliers arrivant à l’université se trouvent généralement dépourvus du minimum de
connaissances, aussi bien dans les langues que dans les matières scientifiques. Ceci s’est
davantage empiré avec une autre réforme en 2002 qui consistait à intégrer 25% de la moyenne
annuelle obtenue en terminale dans le calcul de la moyenne de l’examen du baccalauréat.
Résultat : les cours supplémentaires assurés par les professeurs de la matière enseignée se sont
intensifiés, malgré l’interdiction, et ce, non pas dans un souci d’enrichissement et de
consolidation des acquis, mais dans le but de gonfler les notes et la moyenne annuelle. Les
lycées privés en ont également profité en ouvrant leurs portes à tous ceux qui ne peuvent pas
réussir par leurs propres moyens dans les écoles publiques.
L’impact de toutes ces mesures est désastreux sur le niveau des élèves ; seul les élites qui
viennent des écoles pilotes se trouvent épargnées. En revanche, d’autres problèmes se posent
pour ces derniers : généralement orientés vers les écoles d’ingénieur, ces étudiants partent en
fin de cursus à l’étranger soit pour des études approfondies, soit pour des stages. Mais
malheureusement, dans la plupart des cas, ce départ reste sans retour étant donné les
opportunités alléchantes qui s’offrent à ces jeunes. Il en résulte que le pays investit et
sélectionne les meilleurs pour s’en priver par la suite au moment de la « révolte ».
Face à cette vérité de la dégradation du niveau scolaire, beaucoup de voix, provenant des
différents acteurs allant des enseignants, des parents et surtout professionnels, réclament une
révision de fond de notre système éducatif, notamment le rétablissement des concours
nationaux au niveau du passage d’un cycle à un autre, ainsi que la révision des modalités de
réussite au baccalauréat. Constat entendu par le ministère qui a décidé de rétablir l’ancien
L’Education en débats: analyse comparée (2016) 7: 47-58 ISSN 1660-7147
55
régime des concours à partir de cette année. Est-ce la bonne décision ? En tout cas, cela va créer
un grand débat puisqu’il y a déjà ceux qui contestent l’utilité de cette décision qui, selon eux,
va aggraver et multiplier le taux d’abandon scolaire.
3.2. Mobilité sociale
La gratuité de la scolarité, l’équité, l’obligation de l’école sont quelques-uns des slogans que
nous retrouvons souvent dans les discours des acteurs politiques, mais la réalité est toute autre.
En effet, après avoir lancé l’école de base avec pour mission principale de faire baisser le
niveau des déperditions scolaires, notamment des milieux défavorisés, force est de constater
qu’entre temps, le nivellement par l’argent ou plus exactement par la position sociale des
parents s’exerce de plus en plus pour aggraver les inégalités présentes depuis le préscolaire
jusqu’aux études supérieures, et même lors de la recherche d’emploi. Justement, les données
de l’enquête, montrent que les inégalités sociales, se sont reproduites à travers les éléments
suivants :
- Des inégalités au démarrage entre enfants favorisés et défavorisés. Le fils de médecin
a plus de moyens d’appréhension pédagogique, matérielle et culturelle que la fille d’un
ouvrier agricole ;
- L’école n’est pas unique. Une école en banlieue de Tunis n’a pas les mêmes atouts
qu’une école au fin fond du pays : professeurs, encadrement, logistique, matériel
pédagogique, elle n’a pas non plus les mêmes élèves.
- Dans les écoles d’ingénieurs, la faculté de médecine ou de pharmacie, nous trouvons
plutôt les fils des familles aisées. Ceux des familles défavorisées se situent plutôt dans
les facultés de lettres, de sciences humaines et sociales caractérisées par leur faible
employabilité.
Finalement, l’école – longuement considérée comme étant un ascenseur social – s’avère
aujourd’hui incapable de briser les inégalités sociales. En effet, au lendemain de
l’indépendance et jusqu’aux années 1980, période pendant laquelle la Tunisie a connu une
transformation socioéconomique profonde caractérisée par l’émergence d’une classe
moyenne importante, nous assistions à une pénurie de qualification par rapport aux besoins
de l’économie qui s’oriente de plus en plus vers des secteurs demandeurs de jeunes diplômés
(industrie ou tourisme). Pour combler ce déficit, l’Etat allait jusqu’à puiser dans les niveaux
scolaires inférieurs pour promouvoir les jeunes à des postes de cadre supérieur. De ce fait,
l’obtention d’un diplôme pour le fils d’un agriculteur ou d’un artisan était devenu synonyme
d’une mobilité et d’une ascension sociale rapide.
Pendant un certain temps, ce système a bien fonctionné, et l’ascenseur social est devenu un rêve
permis pour les classes défavorisées. Cependant, nous avons déchanté aussi vite, et nous nous
rendions compte rapidement qu’il s’agissait là d’une illusion puisque n
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire