Depuis 1976,
la région d'Aceh était le théâtre d'un conflit sanglant entre l'armée
indonésienne et le mouvement séparatiste Gera kan Aceh Médéa (GAM / Mouvement pour la liberté d'Aceh),
qui dénonçait le partage jugé injuste des richesses naturelles entre l'État central
et la province et revendiquait, au minimum, une large autonomie, voire
l'indépendance. Les affrontements entre séparatistes et armée régulière ont
chassé de nombreuses populations des montagnes vers la sécurité des villes
côtières telles que Banda Aceh. Ces populations des montagnes n'avaient pas de
connaissance des dangers de la mer et, lorsque les signes avant-coureurs du
tsunami sont apparus, elles sont souvent allées chercher les poissons et les
crustacés que le retrait initial de la mer avait abandonnés au lieu de
s'enfuir.
Cette absence de culture maritime
du risque a joué un rôle important dans la mortalité liée à ce tsunami. Les
habitants des îles situées le long des côtes de Sumatra et comptant des
populations traditionnelles de pêcheurs n'ont déploré que peu de victimes. En
effet, aux premiers signes annonciateurs de tsunami, les populations
lorsqu'elles le pouvaient se sont réfugiées sur les hauteurs, et les pêcheurs
en mer sont partis au large afin d'échapper aux vagues meurtrières. Ces réflexes
les ont sauvés.
Enfin, les femmes et les enfants,
moins mobiles que les hommes dans ces sociétés traditionnelles, souvent à
domicile ou sur les plages avec leurs enfants en ce tout début de matinée, ont
été davantage touchés, alors que les hommes étaient nombreux en mer, à la
pêche. Chez les femmes, la mortalité a été le triple de celle des hommes
et près de 40 000 enfants sont décédés. On a relevé aussi que le nombre de
décès parmi les fonctionnaires et les professeurs d'université, qui habitaient en
général les quartiers aisés du bord de l'océan, est bien plus élevé
proportionnellement à leur part dans la population.

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